AfricaCollect : Masques Africains - African Masks

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L'Afrique Dépouillée


L'AFRIQUE DÉPOUILLÉE

Boris Wastiau est anthropologue et historien d'art.
Depuis 1996, il est un des conservateurs de la section d'ethnographie du Musée Royal de l'Afrique Centrale, en Belgique. Boris Wastiau enquête depuis plusieurs années sur le trafic et le vol de pièces d'art congolais. La Déclaration de Berne l'a interrogé sur l'impact de ce trafic.

- La DB : Comment se passe le pillage de biens culturels en Afrique ?
Boris Wastiau : La situation en Afrique est particulièrement défavorable.
Les crises politiques er économiques ainsi que les conlits armés paupérisent les populations rurales. Leur dernier recours est souvent de vendre leur patrimoine culturel, religieux ou familial.
Les objets rituels sont obtenus par des moyens très variés : confiscation pure et simple par des autorités, religieuses ou autres, achat par
de petits marchands ou par des spécialistes qui cherchent des pièces précises à l'intention d'antiquaires et de collectionneurs occidentaux, vente par des chefs traditionnles, pillage des musées, etc...

La république Démocratique du Congo (RDC), comme nombre de pays africains, exporte beaucoup de biens culturels. Ceux-ci proviennent de chefferies
traditionnelles, de musées, de fouilles effectuées à l'occasion de
propspections minières, de cimetières ou de sanctuaires religieux.

En Zambie, j'ai constaté des dommages irréparables infligés aux collections du Musée de Livingstone (collections ethnographiques et livres anciens).
J'ai également vu des réseaux de « guérisseurs » et certains chefs coutumiers confisquer des objets rituels pour les écouler sur le marché.
Mais la Zambie est aussi un pays doté d'une législation nationale précise
concernant la protection des biens culturels. Des exportations illégales ont étés saisies. Plusieurs musées locaux ont également été fondés.
Ils contribuent à la sensibilisation des populations.

- Quelles sont les conséquences de ces vols ?
L'impact de la disparition d'un bien culturel dépend du contexte.
Dans une communauté où des masques sont régulièrement créés et utilisés dans des rituels, la pièce vendue sera facilement remplacée.
C'est le cas des masques des sociétés initiatiques du Poro en Afrique de
l'Ouest ou de masques pour l'initiation masculine Mukanda en Afrique Centrale.
Dans une autre communauté où les masques sont rares et utilisés à intervalles plus longs, parfois tous les cinq ou dix ans, le vol ou la vente d'un objet peut faire disparaître le rituel et détruire les pratiques sociales qui y sont associées.Cela est d'autant plus grave pour les ethnies minoritaire qui ne
comptent que quelques milliers de membres.
Souvent, les objets les plus sacrés sont considérés comme des « personnes » ayant un rôle essentiel dans le bon fonctionnement de la communauté, garantissant la santé, la valeur, la fertilité, l'abondance des récoltes. Leur valeur est alors inestimable.

- Quels problèmes les musées rencontrent-ils ?
En afrique, c'est souvent l'essentiel des collections les plus précieuses (les masques et les statuettes) qui est dérobé. Dans bien des cas, les données afférant aux collections sont également détruites pour empêcher toute identifiacation ultérieure. Peu de pièces ayant fait l'objet de publications, il sera très difficile de récupérer quoi que ce soit. Dans les cas des musées nationaux du Congo à Kinshasa, un programme
d'inventaire et de conservation mené depuis quatre ans indique qu'environ 50% de la collection a disparu.
Heureusement, la plupart des oeuvres ayant été photographiées, on peut essayer d'en retrouver, un jour, une partie.

- Le cadre législatif international se renforce peu à peu.
Quelle est la situation en Afrique ?
En 2003, seuls cinq Etats africains avaient signé la Convention Unidroit sur les biens culturels volés ou illicitement exportés, aucun ne l'avaient ratifiée. A peine 20 Etats avaient signé la Convention de l'Unesco. Les pays africains ont rarement les moyens de contrôler ce trafic sur leur territoire ou de soutenir des actions en justice à l'étranger.

Les divers réseaux de trafiquants convergent vers les pays où le commerce des biens culturels est florissant, comme la Belgique, la France ou la Suisse.
La plus grande partie de ces biens repartent sans délais vers les pays
acheteurs, en particulier les Etats-Unis.

C'est pourquoi, en Europe, nous devons renoncer à soutenir un commerce
qui n'est ni éthique ni, souvent, légal. Il y aura probablement toujours des objets d'art dont le commerce restera licite bien qu'immoral. Il revient à chacun de se forger une éthique citoyenne, responsable également vis-à-vis des sociétés qui nous sont éloignées, mais sur
lesquelles nos actions peuvent avoir un effet dommageable.

Propos recueillis le 28 avril 2004 par Julien Reinhard pour la brochure « Non
au Pillage des Cultures » de La Déclaration de Berne.


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Cet article a été écrit par Association KubaLibre {kubalibre@cooperation.net} le 24/12/2004